Appel à la Science Participative

Appel à la Science Participative

L’ANPN propose à tous les citoyens de traquer la guêpe Samouraï, le Trissolcus japonicus, prédateur de la punaise diabolique, ravageur des cultures

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La punaise diabolique en quelques mots

Hamidi©

Halyomorpha halys, la punaise diabolique, est l’un des ravageurs exotiques les plus préoccupants du moment. Cette Pentatomidae est originaire de l’Est asiatique et se propage depuis le début des années 2000. La punaise est hautement polyphage et peut faire des dégâts sur plus de 300 espèces de plantes. En ville, elle ravage les plantes d’ornement, dans les campagnes, ce sont les cultures qui sont menacées. La punaise est arrivée chez nous en 2012 et les dégâts sont déjà observables. Les producteurs du sud-ouest tirent la sonnette d’alarme : kiwis, noisettes et pommes sont attaqués. Au-delà des cultures, la punaise diabolique hiberne dans les habitations et peut former des agrégats impressionnants. Son odeur est désagréable mais elle est néanmoins sans danger pour l’homme. Dans le contexte actuel de réduction des produits phytosanitaires, il n’existe à ce jour aucune solution de bio-contrôle efficace contre ce ravageur.

La guêpe Samouraï

Dans son aire d’origine, un prédateur semble réguler leur population. En effet, une partie importante des ooplaques de punaise diabolique, les amas d’œufs des Pentatomidae*, sont parasités par une petite guêpe : le Trissolcus japonicus ou guêpes Samouraï. Les femelles de ce parasitoïde pondent dans les œufs de la punaise diabolique et se développent donc au détriment de celle-ci.

*La punaise diabolique appartient à la famille des Pentatomidae (les Pentatomidae ont une forme de bouclier). Les œufs sont déposés en amas caractéristiques dont la forme, la couleur et le nombre d’œufs varie en fonction des espèces. Par exemple, chez la punaise verte des bois les oeufs sont alignés en quinconce alors que chez la punaise diabolique, les oeufs sont plus ou moins alignés les uns au dessus des autres (voir photos). Les ooplaques de la punaise diabolique sont déposées sous les feuilles. Il s’agit souvent de grandes feuilles, comme celles du noisetier, paulownia, catalpa, chêne, érable, laurier cerise… mais aussi sur les feuilles plus petites d’ailante ou de sumac. Comparativement aux autres punaises, la punaise diabolique peut avoir un chevauchement des générations, par conséquent, les pontes peuvent s’observer sur une période plus importante.

La petite guêpe, 2 mm de long, est récemment arrivée en Suisse ou en Italie du nord, probablement en suivant son hôte. À ce jour, plusieurs équipes de recherche travaillent sur la possibilité d’utiliser la petite guêpe comme agent de contrôle des populations de la punaise. En France, la petite guêpe n’a pas encore été identifiée et donc les travaux concernant son utilisation comme moyen de lutte ne peuvent être entamés. En effet, il est strictement interdit d’introduire une espèce exotique. Des études d’impacts sont nécessaires afin de mieux connaitre sa biologie et son comportement en particulier envers les espèces indigènes. Cet auxiliaire suscite beaucoup d’espoir chez nos agriculteurs. La présence de cette guêpe pourrait réduire les populations de la punaise diabolique en deçà du seuil de nuisibilité.

REPLIK

REPLIK, un projet cofinancé par la région et l’Europe a pour ambition d’identifier et d’étudier la guêpe samouraï. REPLIK est un consortium de laboratoire de recherche (l’équipe RDLB de l’INRAE) et d’universités nationale et internationale (Université Toulouse III Paul Sabatier et l’Université de Turin). L’ANPN porte le projet et se charge de collecter les ooplaques de punaises. L’objectif est d’identifier l’ensemble des parasitoïdes indigènes émergeant des ooplaques et plus spécifiquement, d’y identifier la guêpe samouraï. Les identifications sont réalisées par l’équipe RDLB de l’INRAE.

REPLIK finance la thèse de Laetitia Driss dont la finalité est de développer des moyens de lutte biologique par conservation et gestion des habitats (LBCGH). Le principe est d’optimiser l’environnement afin de favoriser les auxiliaires (régulation Top down) et de défavoriser les ravageurs des cultures (régulation Bottom up). La LBCGH se distingue de la lutte biologique par augmentation et inondation par son caractère durable. L’objectif de l’étude étant de maintenir les auxiliaires naturellement. Laetitia Driss aidée par Mélina Archinard ont pour charge de collecter les œufs de punaises dans la nature mais aussi de déposer des œufs sentinelles*

*Les œufs sentinelles sont des œufs préalablement stérilisés et exposés dans la nature pendant une période déterminée. Cette technique permet d’évaluer la biodiversité des populations de parasitoides et d’évaluer les taux de prédation sur ces dernières.

L’ANPN propose à tous les citoyens de traquer la guêpe Samouraï

Ooplaque vidée de ses occupants, les larves de la punaise diabolique. Hamidi©

Vous tombez sur une ooplaque de punaise, bravo. À présent, il faut vérifier qu’il y a encore des habitants à l’intérieur. C’est très simple, si les œufs sont blancs, c’est que la lumière passe à travers et donc qu’ils sont vides. Parfois, les larves (les jeunes stades des punaises) sont encore à côté. Les premiers stades sont grégaires et restent à coté des œufs pendant plusieurs jours.

Ooplaque de la punaise verte des bois (Palomea prasina) parasitée (enfin…sauf un). Hamidi©

Si les œufs sont normaux, c’est-à-dire colorés (verts, rouges ou marrons (en fonction de l’espèce), félicitation. Si ils sont de couleur noire, alors il pourrait y avoir des parasitoides! Découpez la feuille autour de l’ooplaque et glisser la dans une enveloppe. L’ooplaque est résistante, mais il vaut mieux rembourrer avec du papier essuie-tout ou du coton. En bon entomologiste amateur, vous ajouterez à votre échantillon les informations suivantes : nom, prénom et coordonnées du collecteur, le lieu et si possible l’espèce de la plante à « L’ANPN, lieu dit Louberie, 47290, Cancon ». Vous pouvez aussi nous envoyer des photos pour vérifier la qualité de votre ooplaque : anpn@koki.com

Si vous avez trouvé un parasite, on se fera un plaisir de vous contacter pour vous donner son nom. Si c’est le célèbre Trissolcus japonicus, vous recevrez alors une petite surprise !