Le Biocontrôle

Le Biocontrôle

Depuis de nombreuses années, le laboratoire entomologique de l’ANPN est engagé dans la recherche de solutions de biocontrôle. Nos principaux modèles d’études sont : le balanin de la noisette (Curculio nucum), la punaise diabolique (Halyomorpha halys), la punaise verte des bois (Palomena prasina), la mite alimentaire (Plodia interpunctella), la mouche du brou (Rhagoletis completa) et le carpocapse du noyer (Cydia pomonella).

Nos travaux se concentrent sur la recherche de solutions écologiques et respectueuses de l’environnement. Les médiateurs chimiques comme les phéromones et les kairomones, les organismes auxiliaires tels que les parasitoïdes ainsi que la gestion des plantes hôtes intermédiaires, sont nos axes de recherches (lien vers nos communications scientifiques et médiatiques).

le biocontrôle, qu’est ce que c’est ?

Le bio-contrôle est un ensemble de méthodes de protection des végétaux basé sur l’utilisation de mécanismes naturels. Seules ou associées à d’autres moyens de protection des plantes, ces techniques sont fondées sur les mécanismes et interactions qui régissent les relations entre espèces dans le milieu naturel. Ainsi, le principe du bio-contrôle repose sur la gestion des équilibres des populations d’agresseurs plutôt que sur leur éradication.

Les produits de bio-contrôle sont définis à l’article L. 253-6 du code rural et de la pêche maritime comme des agents et des produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures. Ils comprennent en particulier : les macro-organismes et les produits phytopharmaceutiques qui sont composés de micro-organismes, de médiateurs chimiques tels que les phéromones et les kairomones, ou de substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale.

Référence du texte:
https://agriculture.gouv.fr/quest-ce-que-le-biocontrole

Palomena prasina (Pentatomidae), la punaise verte des bois, ravageur des vergers

Palomena prasina se nourrissant sur une jeune noisette.

Tous les stades de la noisette peuvent être menacés par la punaise, de la fleur à l’amandon pourtant protégé dans sa coque.

Palomena prasina, la punaise verte des bois, est une punaise locale qui connait une croissance importante, à l’instar de sa cousine Nezara viridula, la punaise verte (c’est celle qui fait craque quand on ferme les volets en automne…). En Europe, P. prasina est bien connue des producteurs de noisettes. Le noisetier (Corylus avellana) est considéré comme étant l’une de ses plantes hôte. Les adultes s’y nourrissent et s’y reproduisent (Henry, 2015). Les adultes piquent les noisettes et créent des défauts majeurs sur les amandons, ce qui les rendent impropres à la consommation. En France, les attaques liées à cette punaise sont en constante augmentation (Guignet, 2018).

Comme la plupart des punaises, P. prasina est hautement polyphage et se déplace facilement au gré des ressources. La présence de diverses plantes hôtes dans l’environnement pourrait favoriser le maintien et la dispersion de l’espèce (Calvy, 2018). A ce jour, il existe peu d’études ayant porté sur la biologie du comportement de cette espèce, en particulier dans le contexte de la nuciculture (Tavella et al., 2001; Tuncer, 2001; Guignet, 2018; Calvy, 2018, Valentie, 2019). Une réplique était donc devenue nécessaire.

Le projet REPLIK a pour objectifs d’étudier la dynamique des populations, la relation avec les plantes hôtes et les capacités de dispersion et de nuisances de la punaise verte des bois.

En collaboration avec l’INRA de Sophia Antipolis et le DISAFA, université de Turin, REPLIK à pour objectif d’identifier et de favoriser les auxiliaires (comme les parasitoïdes). REPLIK est financé par l’ANPN, la région Nouvelle-Aquitaine, FEDER (UE) et la coopérative Unicoque.

Nos recherches participent à la mise en place d’outils d’aide à la décision (OAD) dans le cadre d’une lutte raisonnée contre les punaises de la noisette.

Couple de P. prasina

La punaise diabolique, Halyomorpha halys (Pentatomidae)

L’ANPN travaille en étroite collaboration avec l‘INRA et le GIS fruit sur la problématique des punaises en général et de la punaise diabolique en particulier.

Depuis deux ans, nous suivons la progression de la punaise diabolique dans le sud ouest de la France. Les punaises sont récoltées à l’aide de battages et de phéromones d’agrégation spécifiques.

La punaise diabolique, Halyomorpha halys (Pentatomidae) est une espèce invasive originaire de l’Est Asiatique. Elle a été détecté en France en 2012. Depuis, elle se propage un peu partout, ravageant kiwis, pommes, poires et noisettes, mais aussi un ensemble de légumes et de plantes d’ornements La punaise est hautement polyphage, elle se déplace rapidement (100m en une minute) et voyage facilement sur de grandes distances. En été, elle peut faire de l’auto stop, et en automne, elle peut hiberner dans des conteneurs ou des véhicules divers.

Une carte complète est en cours d’élaboration. Vous pouvez y contribuer en envoyant vos photos à J-C. Streito via l’application de l’INRAE: AGIIR

Ooplaque d’Halyomorpha halys avec ses jeunes larves (L1) (47300, Villeneuve sur Lot). Hamidi(C)

Le balanin de la noisette

Les larves consomment l’amandon et les adultes, mâles et femelles, réalisent des piqûres de nutrition sur le fruit encore vert.

En France, le balanin de la noisette, Curculio nucum L. (Coleoptera : Curculionidae), est le principal ravageur de la noisette. La relation entre le noisetier et le balanin du même nom est le produit d’une longue co-évolution. En effet, contrairement aux autres espèces de balanins, celui-ci utilise le noisetier comme unique plante hôte. Les adultes réalisent des piqures de nutrition sur le fruit et les larves se développent en consommant l’amandon. En culture nucicole, sans contrôle, jusqu’à 80% des noisettes peuvent être impactées par le balanin. A ce jour, il n’existe aucune solution de biocontrôle efficace contre ce charançon et peu d’informations sont disponibles concernant la bio-écologie de ce ravageur.

Accouplement de balanins sur un noisetier

Depuis le début des années 80, l’ANPN réalise des recherches sur le comportement du balanin. Ces études ont essentiellement portée sur le cycle de l’insecte et la dynamique des populations.

En 1995, l’ANPN s’associe à l’INRA de Versailles dans la rechercher de solutions de biocontrole. L’INRA de Versailles est l’un des centres de recherche les plus avancée dans le domaine des médiateur chimique en France. Les recherches sur les phéromones et les kairomones ont été entamé par le Dr. Didier Rochat puis poursuivi par le Dr. Brigitte Frérot.

Les travaux sont toujours en cours et des essais de formulations sont réalisés sur le terrain et en condition contrôlées. L’objectif de l’ANPN est de mieux comprendre le comportement du balanin et d’élaborer un attractif afin de contrôler les populations.

Cycle du balanin de la noisette. De la sortie de la larve à la fin du mois de juillet à la sortie de l’adulte du sol quelques années plus tard, vers le mois d’avril.

La lutte biologique

L’ANPN travaille depuis longtemps sur des méthodes de luttes biologiques contre le balanin de la noisette, des nématodes aux champignons entomopathogène. Les résultats ont fait l’objet de plusieurs publications scientifiques (Kuske et al., 2005; Sarraquigne et al., 2009). La recherche de souches plus adaptées au ravageur et en particulier au contexte particulier de la nuciculture française sont toujours en cours.

Noisettes vidées par la larve du balanin

Les mites alimentaires

Plodia interpunctella (Lepidoptera, pyralidae) est un ravageur des denrées stockées, capable de se développer sur fruits à coque

Femelle vierge en position d’appel. Dans cette position, elle libère des phéromones sexuelles qui vont attirer un mâle. Les mêmes phéromones sont utilisés dans nos pièges afin de contrôler la population dans les zones de stockages de noisettes.

Plodia interpunctella (Lepidoptera, Pyralidae), aussi appelé la mite indienne, est le principal ravageur des denrées stockées. Ce petit papillon nocturne se développe facilement sur des produits à base de noix et de noisettes. Sans contrôle, les populations se développent rapidement rendant les produits impropres à la consommation et à la vente. Face à la réduction des produits phytosanitaires et leur complexité d’utilisation dans un contexte agroalimentaire, les médiateurs chimiques et l’utilisation de parasitoïdes représentent de véritables alternatives.

L’objectif de l’ANPN est de développer des attractifs mimant les odeurs de noix et de noisettes et de contrôler les populations à l’aide de phéromones et de parasitoïdes endémiques.